Suivez la couverture complète
Nouvelle-Calédonie : une révision constitutionnelle qui met le feu aux poudres
Dessaisir Gérald Darmanin du dossier calédonien et le remettre entre les mains du Premier ministre Gabriel Attal. Ces derniers jours, parmi les critiques qui reviennent en boucle à l'encontre du gouvernement pour sa gestion de la crise institutionnelle en Nouvelle-Calédonie, celle-ci est haut placée. Que veut-elle dire ? Pourquoi le dossier de la réforme constitutionnelle est-il géré par le ministère de l'Intérieur, alors qu'historiquement, il l'avait toujours été par Matignon ? Et pourquoi sont-ils nombreux à demander à ce que les choses reviennent comme elles l'étaient avant ?
C'est Michel Rocard qui avait signé les accords de Matignon, quelques mois après le massacre de la grotte d'Ouvéa en 1988. En 1998, c'est sous l'égide de Lionel Jospin qu'a été signé l'accord de Nouméa instaurant un processus de décolonisation sur vingt ans de l'archipel. Jusqu'à Edouard Philippe, Premier ministre du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, le dossier calédonien était géré par le chef du gouvernement. Cela a changé en 2020, lorsque au départ d'Edouard Philippe du gouvernement, le chef de l'État a transmis le dossier au ministre des outre-mer Sébastien Lecornu, puis au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.
Lire aussi
"Kanak", "Caldoches", "accord de Nouméa" : le lexique pour tout comprendre de la crise en Nouvelle-Calédonie
C'est d'abord la gestion personnelle du dossier par ce dernier qui est critiquée. Gérald Darmanin est accusé de ne pas avoir été partial en se plaçant du côté des anti-indépendantistes, et d'avoir empêché le dialogue et la bonne construction d'un projet global entre toutes les parties. "Monsieur Darmanin est complètement discrédité auprès des indépendantistes, ça c'est sûr et certain", a affirmé jeudi matin sur Franceinfo Benoît Trépied, anthropologue au CNRS et spécialiste de la Nouvelle-Calédonie. Il accuse aussi le locataire de Beauvau de "réflexe impérialiste" en pointant du doigt de possibles ingérences de la Chine et de l'Azerbaïdjan. "Ce sont des éléments de langage politico-médiatiques, mais c'est évidemment une façon de détourner l'attention sur la responsabilité du gouvernement, c'est une excuse. Jusqu'à preuve du contraire, elle a été colonisée par la France, pas par la Chine", a-t-il déclaré.
"Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, n’est plus crédible dans cette affaire. Il a menti en affirmant que le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS, indépendantistes) avait donné son accord sur le dégel du corps électoral alors qu'ils (le conditionnaient) à un accord global", accuse auprès de l'AFP Jean-François Merle, conseiller de Michel Rocard pour les Outre-mer lors de la négociation des accords de Matignon sur l'archipel en 1988, aujourd'hui expert à la Fondation Jean-Jaurès.
Mardi à la tribune de l'Assemblée nationale, la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, regrettait aussi que "les mauvaises décisions s'accumulent depuis qu'Edouard Philippe ne gère plus le dossier". "Le pouvoir a fauté en abandonnant la prise en charge directe par Matignon", a estimé le député socialiste Arthur Delaporte dans une interview à Mediapart publiée ce jeudi. La prise en main du processus par le ministre de l'Intérieur "a empêché que se mette en place un cercle vertueux permettant l'émergence d'un consensus" et "après que le pouvoir a maintenu un référendum boycotté par le camp indépendantiste, les liens entre les parties n'ont été que difficilement et partiellement renoués", a-t-il estimé.
Or, selon Arthur Delaporte, "le Premier ministre a l'avantage d'être légitime pour engager la parole de l'État. Il porte une parole d'emblée interministérielle, capable de prendre en compte les dimensions économiques, culturelles, sociales et bien sûr institutionnelles du dossier néo-calédonien".
Ce jeudi dans une tribune au Monde, l'ancien conseiller de la ministre des Outre-mer Annick Girardin, Henri Soupa, plaide également pour "remettre le Premier ministre au centre du jeu politique".
Je plaide pour que Matignon reprenne la main."Manuel Valls
Une reprise en main du dossier par Matignon, c'est aussi ce pour quoi ont plaidé trois anciens Premiers ministres lors d'auditions à l'Assemblée nationale, fin avril et début mai, dans le cadre du projet de loi élargissant le corps électoral du territoire, depuis adopté par le Parlement. "Si l’on devait s’interroger sur le domaine réservé du Premier ministre, la Nouvelle-Calédonie serait dedans", a a...
[Courte citation de 8% de l'article original]